Benoit GIRARD

« J'ai toujours écrit, même si je n'étais pas bon à l'école ! Avoir un crayon à la main sur une photo d'enfant, c'est peut-être le signe d'une conformité à des valeurs sociales... Adolescent, puis adulte, j'expérimente que l'expression est une nécessité et fais miens les mots de Saint-John Perse ou de Rilke : « Pourquoi écrivez-vous ? (...) Pour mieux vivre. » ou « Mourriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ? »
Amené à cheminer des jours durant pour mon travail, j'ai pris l'habitude d'avoir un petit carnet dans ma poche, à porter de stylos. Et j'y ai noté des citations, des idées, des fragments de poèmes, des trames d'histoires brèves... Les vies que j'ai croisées ont constamment été des sources d'inspiration, tout comme les paysages.
Ensuite, à force de butiner, j'ai assemblé et commencé à toquer à la porte des éditeurs. ».« Avant d'écrire, il faut écouter, regarder et digérer. J'aime bien l'idée de butiner : nous sommes comme les abeilles ; nous faisons notre miel du pollen des fleurs : les fleurs, ce sont les autres, les paysages, les situations, l'expérience de soi... L'écriture nait à partir de quelque chose et non de rien.
Parfois, la rédaction est fluide et facile ; alors, c'est souvent bien et il n'y a pas beaucoup à reprendre. Le reste du temps, c'est difficile, besogneux, comme une ascension de montagne. Je parle de la production d'idées, pas de la cuisine : l'orthographe, la syntaxe, les répétitions, etc. Ça, c'est pire, c'est l'enfer pour moi. Heureusement que j'ai acquis un logiciel de correction sophistiqué. Revers de la médaille, j'ai ainsi compris et admis que l'on n'écrit pas que pour s'exprimer, mais également pour être compris des autres, puisqu'on s'adresse à eux. L'écriture résulte donc d'une interaction subtile entre la correction de la langue et la précision dans l'expression des idées, celle-ci venant de celle-là ; elle est à travailler sans cesse, même s'il restera toujours un abime entre soi et les autres. »
« L'ordinateur, c'est finalement récent. Avant c'était "papier et stylo" ; ou plutôt crayon, pour pouvoir gommer et corriger. Le traitement de texte, c'est maintenant mon stylo-crayon : cela ne me pose plus de problème, j'écris à l'ordinateur. J'ai un petit portable que je promène partout. Bon, j'ai aussi un carnet avec moi ! »
« Fragments successifs, concertants autant que je peux, convergents parfois, mais pas que. Ce sont des regards qui se croisent, dessinent peu à peu une perception, esquissent une réalité. J'écris à l'aide de fragments parce que je pense et je sens ainsi le monde et ceux qui m'entourent. À ma mesure, je suis les pas de Pascal et de Nietzsche. Le fil continu d'une histoire n'existe pas : il n'aurait pas de sens. Un récit s'élabore chez le lecteur par séquences, par images et scènes. »